INTERVIEW

Questions - Réponses

5e partie : Quels rapports y a-t-il entre le Phosphénisme et le mouvement Subud ?

Présentation : Je m’appelle Xavier, j’ai 32 ans et par curiosité j’ai décidé de poser quelques questions à Daniel Stiennon sur les liens entre le Phosphénisme et le mouvement Subud, car le Dr Lefebure y a consacré une partie de son livre « L’Initiation Subud ou transmission de la grande force de vie par l’oscillation du point de concentration ».

Q. : M. Stiennon, ma première question sera directe : quels sont les liens entre le Phosphénisme et le mouvement Subud ?

R. : Écoutez, la réponse est simple, nous n’avons aucun lien avec le mouvement Subud.

Q. : Pourtant le Docteur Lefebure y fait référence dans ses livres et le titre de l’un d’entre eux est « L’initiation Subud ou transmission de la grande force de vie ».

R. : Effectivement. Mais, il n’empêche que nous n’avons aucune relation avec le mouvement Subud. Depuis que le Dr Lefebure est décédé, je n’ai jamais cherché à prendre contact avec ce mouvement.

Q. : C’est assez étrange, car vraiment au vu des ouvrages, tout lecteur serait conduit à penser qu’il y a un lien direct et même que vous faites de la publicité pour ce mouvement.

R. : Je ne fais aucune publicité pour ce mouvement. Le passé est le passé et je vais vous expliquer. Mais, avant laissez-moi être clair. Le Phosphénisme n’est pas une association loi 1901. Il ne se donne aucune vocation religieuse et n’en envisage aucune.
Vous êtes chez moi et vous ne voyez aucun autel, ni photos à la mémoire du Dr Lefebure. Je suis vêtu et je vis comme tout le monde. Seuls quelques ami(e)s que vous avez pu croiser sont là, dont certains m’apportent ponctuellement leur aide pour que le Phosphénisme ne disparaisse pas.

En tant que directeur des Éditions Phosphénisme et de l’École du Dr Lefebure, je ne soutiens et ne souhaite aucune relation avec un mouvement qui puisse être qualifié de secte.

Chacun est libre de ses choix ou convictions de pensées. D’ailleurs le sens ancien de secte, signifiait école de pensée, d’où la secte des chrétiens, des esséniens, des gnostiques, etc.

L’association Subud a été qualifiée de secte en 1995 dans un rapport parlementaire. Un mouvement est classé comme « secte » du fait de certains comportements. Entrent en ligne de compte le nombre de plaintes déposées à son encontre et la méthode utilisée pour recruter ses membres. Je pense que ces deux critères sont on ne peut plus clairs. Le troisième critère relève de l’ordre fiscal. En effet beaucoup de ces organisations se soustraient à la TVA…

Tout le monde a droit de faire des erreurs, et il se peut aussi que des personnes membres aient des comportements déviants. Tout est discutable et je ne suis pas là pour en débattre ou polémiquer. Je souhaite juste ici vous indiquer ma position.

Pour s’éviter des poursuites beaucoup de « gourous » et/ou auteurs s’expatrient afin de répandre leur bonne parole depuis l’étranger. Tout ceux qui exerçaient avant-hier en France sont d’abord partis principalement vers le Canada français, puis suite à de nouveaux démêlés judiciaires se sont plutôt orientés vers l’Amérique du Sud. On peut pratiquement dire que règne là-bas un véritable paradis pour les sectes.

Le Phosphénisme demeure en France et ne figure dans aucun rapport parlementaire. Alors, quand je constate que certaines individus à l’esprit étriqué pensent que le Phosphénisme est une secte, je les encourage à consulter les différents rapports ainsi que la liste des mouvements sectaires.

Le classement du mouvement Subud en tant que secte a été effectué après le décès de son fondateur survenu en 1987. En Asie, la spiritualité est différente et ce qui chez eux semble normal ne l’est pas chez nous. L’Inde elle-même commence à emprisonner les faux Saddhus, et le mouvement rationaliste essaie de lutter contre l’illettrisme. Je ne vais pas vous refaire l’histoire et tous les débats.

Q. : Non, vous êtes clair et j’ai pu en effet constater que vous ne figuriez sur aucun rapport.

R. : Oui, et pour vous dire les relations que j’ai eues avec le mouvement Subud…

Q. : Vous en avez eues ?

R. : Oui, j’ai été visité par un Monsieur qui se présentait comme le président du mouvement Subud dans les années 1990. Comme le Dr Lefebure faisait très souvent mention de son initiation par Pak Subuh, je l’ai accueilli avec respect. Il faut accueillir toute personne avec respect.

Mais, cela dura très peu de temps. Mon interlocuteur devint très vite irrespectueux et odieux. Il me demanda de ne plus mentionner le mouvement Subud dans mes publicités.

Q. : Ah bon ? J’aurais plutôt pensé l’inverse car indirectement le Dr Lefebure leur fait une sacrée publicité.

R. : Oui, vous pouvez le voir ainsi. Mais, ce ne fut pas le cas. Vu le ton supérieur et les ordres comminatoires que prétendait m’intimer cette personne que j’accueillais amicalement, cela tourna vite court. Ce fut une des rares individus qui m’a poussé à m’emporter et il a très vite compris qu’il valait mieux quitter mon bureau. Je n’ai pas accepté que l’on vienne chez moi, que l’on me manque de respect et que l’on me donne des ordres de surcroît. Et peu importe qu’il s’agisse du mouvement Subud en l’occurrence.

Q. : Réaction étrange de sa part à vous écouter.

R. : Tout à fait. Mais je vais préciser. Le Dr Lefebure a reçu deux initiations. Les études qu’il avait suivies l’ont poussé à s’interroger sur l’impact physiologique et neurophysiologique de ses expériences suite aux transmissions de pouvoirs par le zoroastrien Arthème Galip et par Pak Subuh. Il comprit qu’il y avait une réalité physiologique. Il s’interrogea donc sur les modalités de cette procédure de transmission de pouvoir.

Q. : Dans un sens, on ne peut que lui donner raison. S’il y a un effet physiologique et une incidence sur la conscience, il faut étudier à la fois la conscience et les mécanismes par lesquels cet effet se produit.

R. : Le Dr Lefebure passionné de spiritualité n’en restait pas moins un médecin et il avait par conséquent une formation et un raisonnement scientifique.

Q. : Il suffit de lire ses livres qui ne sont pas communs pour s’en rendre compte. Leur niveau fait un peu mal à la tête, et il faut vraiment s’accrocher pour continuer. ?

R. : Exact, c’est d’ailleurs ce qui indirectement freina et freine certainement encore aujourd’hui sa diffusion. Le Dr Lefebure pensait en faisant cela expliquer des phénomènes dits initiatiques. Désormais des laboratoires de neurosciences font des études avec des appareils très différents des siens. À son époque cela n’intéressait personne. Il établit donc lui-même ses protocoles.

Q. : Le livre sur la cervoscopie est certes passionnant, mais imbuvable, aucun éditeur n’essaierait de le proposer sur le marché de la spiritualité.

R. : Tout comme « L’Initiation de Pietro » d’ailleurs. Mais comme le Dr Lefebure l’indique dans « Initiation Subud », il étudia le mode de transmission de Pak Subuh, lors de sa rencontre, il n’y avait aucun enseignement, ni aucun dogme. Il s’agissait d’une expérience à vivre, à se laisser porter par elle, et à entretenir. Pour un scientifique c’est l’idéal. Il n’y a pas d’explications abracadabrantes, pas de mantras, pas de suggestion possible. C’est une initiation pure. La manière de procéder de Pak Subuh amena le Dr Lefebure à étudier plus en profondeur les balancements particuliers de Pak Subuh lors du Latihan.

Ne pouvant vérifier les effets produits par ces balancements à l’aide d’un encéphalogramme, il les étudia via les phosphènes. Il remarqua donc le rapport entre le balancement du phosphène et les balancements de la tête, l’incidence des fréquences rythmiques, etc.

Q. : Il fallait vraiment y penser et c’est vrai qu’à présent grâce au Dr Lefebure je perçois bien les liens entre les balancements de la tête ou du corps de certains rabbins, soufis, lamas, sorciers africains, etc. et je fais désormais le lien avec les balancements naturels du corps ou de la tête de nos enfants dans leurs jeux, ou avec les jouets, les comptines, la rythmique des Psaumes, des différentes récitations des religions du Livre. C’est très frappant.

R. : Oui, c’était là sous nos yeux, et le Dr Lefebure fut le seul à ma connaissance à affirmer que c’était la clé des états de conscience modifiés et de la transmission de certains pouvoirs comme une force initiatique qu’il nomma « Effet Subud ». Il n’allait pas la désigner autrement, et par honnêteté il l’appela du nom du mouvement qui à l’époque transmettait cette technique spirituelle. Il découvrit comme je vous l’ai dit que ces techniques étaient universelles.

Q. : Là, je dois dire que je n’ai trouvé aucun auteur ou livre qui parle de cette manière de procéder. Le Phosphénisme est-il le seul endroit où de telles pratiques sont enseignées ?

R. : Oui, nous n’essayons pas de revendre de grands discours philosophiques, ni ne demandons à devenir végétarien, ni de quitter sa famille, ni de nous faire des dons (même s’ils sont les bienvenus – rire). Je ne vends pas non plus la transmission initiatique. Je le pourrais, cela me rendrait célèbre. Mais, je préfère que les étudiants développent en eux cette forme de rythmes. Cela leur évite toute dépendance ou influence et aussi de tomber dans des excès.

Q. : Je n’ai pas vu dans vos publications que vous vendiez l’initiation, mais vous pourriez effectivement le faire.

R. : Cela rapporterait gros pourtant, et il m’a été souvent proposé de l’argent dans ce but. Il n’est pas innocent de recevoir une transmission initiatique. Je sais que c’est très en vogue, toutefois en ce qui me concerne j’ai choisi le mode sans danger pour les stagiaires ; et leur apprendre les exercices à effectuer pour entretenir le rythme leur évite toute subordination.

Q. : Vous m’alléchez. Je sais que des maîtres indiens appellent cela Gourou Diksha ou Shaktipata.

R. : Et dans l’islam on appelle cela Barakha. C’est un vieux mode de transmission qui existait chez les zoroastriens. François Brousse reçut une transmission de pouvoir très forte de Casrojan Ali, mais, comme il ne connaissait rien à la procédure et aux explications neurophysiologiques, il finit par croire qu’il était un très grand adepte. Il dérailla.

C’est très souvent qu’après la réception de ce phénomène les individus prennent un air supérieur alors qu’ils n’ont reçu que les prémices et que tout leur reste à faire. On peut comprendre que le phénomène sectaire puisse s’enclencher à partir de là. Il n’y a pas que les maîtres du Kriya yoga ou les siddhas yogis qui savent transmettre cette force.

Q. : Oui effectivement.

R. : Je ne critique pas la méthode de transmission. Je vous indique que cela peut conduire à des abus de faiblesse. En effet, la vénération et l’abandon de toute volonté (qui est le propre du moine ou de la nonne dans un but d’ascèse) peuvent conduire rapidement à des déviations. Les sommes en jeux sont très vites colossales et l’intérêt prime. L’erreur est de croire que tous ceux qui vous transmettent cette force sont immédiatement des êtres supérieurs. Il faut se méfier de cela.

Comme je le disais précédemment, en Inde, c’est différent. Nous sommes en France, au 21e siècle. S’il y a des dépôts de plainte, il faut s’interroger. Et il nous faut sortir de ce culte de la personnalité qui fait croire que l’autre va tout faire pour nous. Ce n’est pas propre à la spiritualité, cela existe dans les affaires, l’économie et la politique. L’humain abandonne vite sa volonté et son jugement.

Mais je ne m’inquiète pas en ce qui concerne les Phosphénistes, ils ont une explication qui utilise des bases rationnelles pour les phénomènes vécus. Ils sont donc en principe peu manipulables. S’ils étudient les yogas, le bouddhisme, les cultes africains, le chamanisme, etc., ce qui est leur droit (rire), ils savent vite repérer les implications des rythmes et autres pratiques. Ils font « Ah intéressant » et repensent aux enseignements du Phosphénisme. Ils savent aussi garder l’esprit critique. Je ne leur impose aucun credo.

Je n’ai pas la science infuse. Tout évolue, tout doit être remis en question à tout moment. Nous vivons dans un monde d’hypothèses. Mais l’important est la base expérimentale. Je m’impose toujours ces raisonnements, car il est nécessaire de douter pour avancer, de remettre les acquis en question et de tester sur soi.

Q. : Eh bien, c’était très intéressant d’avoir votre position et que vous vous livriez intimement, même si parfois je suis un peu perdu par toutes les relations et explications. Mais, je bosse un peu les différents sujets (sourire).

R. : Pour terminer, je ne voudrais pas que l’on croie que je critique les pratiquants sincères de Subud ou de tout autre mouvement. J’indique juste ma position et je réaffirme que je ne désire pas d’assimilation avec la notion de secte. Je n’aime pas les abus de faiblesse, les abus tout court. Je ne connais pas suffisamment le mouvement Subud actuel. Je m’appuie simplement sur les rapports parlementaires et je n’ai pas à conseiller ou déconseiller de rejoindre divers mouvements ou à inviter à faire du koundalini yoga ou autre. Je dis juste, restez vigilant, et si c’est dans un rapport parlementaire, interrogez-vous. J’ai eu une très mauvaise rencontre avec une personne qui se prétendait président de Subud pour la France. C’est la seule relation que j’ai eue avec ce mouvement, et elle fut très mauvaise comme je viens de le relater.

Le Dr Lefebure a transmis une méthode qui, même si vous êtes athée ou adepte de n’importe quelle religion, permet de comprendre et d’utiliser des exercices en ayant des explications en neurophysiologie cérébrale. C’est une richesse inestimable.

La spiritualité n’est pas exempte d’escroqueries, de mensonges. Ne signez pas un chèque en blanc sous prétexte de spiritualité. Votre voisin peut être un dangereux criminel et vous le côtoyez tous les jours. Il y aura toujours des gens peu recommandables. C’est aux mouvements de faire le ménage en interne. Mais, parfois il y a des luttes de pouvoir, des lignées familiales, des considérations de race, n’oubliez jamais cela.

Q. : Merci, j’entends que vous restez tolérant et ouvert. C’est appréciable.